Ils ont fait le Championnat du Monde Granfondo 2017


Suite de l'article de "La Gazette" du 4 septembre 2017...

Ils vous racontent l'aventure

"La Gazette" a rencontré Alain GOUEDARD et Jean Michel VOISIN encore marqués par les championnats du monde granfondo qu'ils venaient de vivre.
Ils n'oublieront pas cet événement qui fut l'aboutissement de huit mois de préparation où il ne s'est pas passé une journée sans qu'ils y pensent.

Alain & Jean Michel
Alain GOUEDARD & Jean Michel VOISIN à l'échauffement

Ils sont tous deux des compétiteurs d'expérience ils ont appris à gérer des courses et ils ne s'alignaient pas à leur première cyclosportive. Ils s'étaient préparés à affronter 300 à 400 concurrents, à avaler plus de 150 km et à gravir plus de 2000 m dénivelé, mais ils se sont heurtés à un adversaire qu'ils avaient peut être sous-estimé... eux-mêmes, leurs sensibilités, leurs émotions et leurs stress. Pour les passionnés de vélo et de cyclosportives le rendez-vous d'Albi était cette année un véritable événement mondial nécessitant une organisation exceptionnelle et c'est en ces termes qu'ils l'ont vécu.
Porter le maillot des équipes de France, être encouragé tout au long du parcours par des "allez la France !" ont provoqué une émotion presque aussi forte qu'un hymne national sur un podium. Se retrouver immergé dans un peloton derrière un Israélien, avec à sa gauche un Iranien et à sa droite un Américain ce n'est pas habituel et permet de toucher du doigt ou plutôt du bout de la pédale la réalité de la mondialisation du vélo et l'universalité du sport. "J'étais trilingue sur trois mots !" nous confie Alain.
Quand dans ce contexte l'enjeu est de décrocher un maillot arc en ciel de champion du monde et que l'on sait qu'il est à sa portée parce que l'on a passé les sélections avec brio, que l'on s'y est bien préparé et que l'on se sent performant, alors le stress est important et peut tétaniser. Gérer ce stress devient une difficulté, qui à Albi ne s'est pas estompée, comme souvent après les premiers coups de pédales.
Voyons comment se sont déroulées leurs courses.

"J'ai manqué de vigilance au moment décisif !"

"J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans la course, il m'a fallu au moins 20 km", déclare Jean Michel. "Ce qui est impressionnant c'est que tout le monde veut être devant. Ça fait des vagues incessantes, ça remonte des deux côtés, ça va vite, il faut se battre pour rester devant et il y a une tension énorme".
Alain a vécu la même chose : "Par moment dans la course j'ai eu le sentiment d'être mon spectateur". "Si on veut bien faire, il faut rester concentré quatre heures".
Le parcours de 155 km présentait deux difficultés majeures constituées de deux montées de 6 à 7 km avec des pourcentages de 6 % à 7 %. Nos deux amis avaient, la veille en voiture reconnu le parcours, ils ont gravi à vélo toutes les bosses pour bien les sentir.
Bien que concourant dans deux catégories différentes avec des départs différés, la sélection s'est faite exactement au même endroit dans un secteur qui ne leur avait pas semblé particulièrement difficile. Alain a manqué le bon paquet de très peu. "J'ai manqué de vigilance au moment décisif !".
Dans cette bosse vers le centième kilomètre, neuf gars ont réussi à basculer ensemble et à faire la descente à "fond la caisse". "J'ai tout arraché pour basculer avec le deuxième groupe on étaient sept et j'ai su qu'il y en avait neuf devant. Tout le monde avait envie de rentrer mais personne ne voulait faire l'effort". Perturbés par des lâchés des groupes partis avant, ils ne parviendront pas à revenir sur les échappés. Dans un des derniers ronds-points avant l'arrivée sur le circuit automobile une chute évitée de justesse va complètement déconcentrer Alain pour le sprint, alors devenu sans enjeu, sauf à chercher à entrer dans le top dix.

Photo nuit
Les médailles de la sélection

Jean Michel quant à lui était un peu moins bien placé, quand il a "coincé à la pédale". Les Belges ont attaqué au pied de la bosse et imposé un train d'enfer jusqu'à asphyxier tout le monde. "J'étais à bloc, en sueur, il faisait très chaud, le moral dans ce cas en prend un coup". Sur un tel parcours on sait que si l'on ne bascule pas dans la descente avec les meilleurs on ne revient pas. "Je pensais qu'ils étaient au moins une centaine devant, en fait ils n'étaient que trente". Précisons qu'ils étaient 360 au départ. "A partir de là, on n'a plus fait vraiment la course". La difficulté était de tenir un rythme très élevé dans des bosses aussi longues. "Les 4-5 premiers kilomètres ça allait, mais le 6 ème et 7 ème étaient très durs", avoue jean Michel. Les descentes étaient très rapides également, mais très sûres, "on voyait que les gars avaient du métier !".
Alain terminera à la 16 ème place des 55-60 ans, Jean Michel à la 64 ème des 50-55ans. Les résultats complets

Bien préparés grâce aux copains du club

Concernant la préparation, Alain s'est essentiellement entraîné avec le groupe 1 des cyclos de St Avé. Il a également participé au séjour organisé par le club dans les Pyrénées au mois de juin. Il tient à remercier ses copains de club. "Ils ont été très sympas d'accepter ma façon de rouler pour me préparer. Je leurs dois beaucoup". "Après la sortie je rallongeais tout seul pour bien me "toxiner" ".
Jean Michel s'est aussi appuyé sur les sorties du club, mais a rajouté trois cyclosportives à sa préparation en plus de sa sélection à la Charly GAUL en Italie : La Bernard HINAULT, la Eloi TASSIN et la Pierre LE BIGAUT... et le Mont VENTOUX en août. Le stress et l'incertitude de sa sélection ont duré longtemps et après la Charly GAUL en juillet il a eu plus de difficultés à maintenir une pression positive jusqu'à fin août.

Un véritable événement sportif, et une organisation grandiose

Départ

Un récent article paru dans "Le Cycle" parle de dérive des cyclosportives et se demande si ces épreuves ne perdent pas leur âme originelle. Créées dans les années 70 par les Italiens, d'où leurs noms "Gran Fondo", ces épreuves de masse sont chronométrées, longues de plus de 120 kilomètres, ouvertes à tous, elles attribuent des récompenses par catégories en fonction du temps réalisé, c'est à dire contre le chrono et non contre tous les autres. Elles se terminent en général par un grand repas. Elles se développeront aux USA à partir de 2009 seulement et sont maintenant organisées sur tous les continents.
L'UCI ne pouvait rester à l'écart de tels événements. Il est vrai qu'organiser des épreuves sélectives et récompenser par un titre de champion du monde peut dénaturer l'esprit originel.
Cependant à l'évidence, la formule plait et a du succès. A l'image d'Albi 2017 ces épreuves sont devenues de véritables événements sportifs, organisées dans des endroits magnifiques dont l'attrait touristique est certain. Leur caractère international (3000 compétiteurs de 50 pays à Albi) insuffle un esprit de fête et de communion bien présent à Albi. Cela se fait peut être au détriment des courses traditionnelles et que l'on sait en perte de vitesse.
Certains pays comme l'Angleterre, la Belgique, la Suède, la Russie, offrent à leurs représentants des moyens logistiques importants et l'on a pu voir sur certains maillots des publicités par ailleurs autorisées. Ainsi, le sponsoring s'y développe et c'est là qu'il peut y avoir dérive.
Alors oui, il faut conserver cet esprit de fête, de rencontre et de partage entre pratiquants et amoureux du vélo et il faudra réguler au mieux les intérêts économiques qui ne manqueront pas de se manifester.
En ce sens l'article de "Le Cycle" semble particulièrement sévère. Les nombreuses chutes qu'il y a eues lors de l'Albigeoise, épreuve sélective, étaient dues pour l'essentiel à des carences de l'organisation qui a notamment lâché 1800 coureurs en un seul paquet. Les enseignements ont été tirés. Les départs ont été donnés pour la finale par catégorie d'âge et toutes les sept minutes. Tout s'est parfaitement déroulé.

Jean Michel et Alain Alain et Jean Michel repartiront-ils pour le Granfondo 2018 qui se déroulera à Varèse, près du lac de Côme et de Milan dans les Pré-alpes Italiennes ?
Ils ne répondent pas pour le moment. Alain : "Je le referai, mais je ne sais pas quand. Porter le maillot de la France, c'est fort !". "J'étais à la limite des larmes quand au départ un spectateur anonyme me regarda dans les yeux et me dit allez la France, allez les Français". A 55 ans, Il pense avoir beaucoup appris en matière de gestion du stress.
"Ça été beaucoup d'émotions beaucoup de stress, l'organisation c'est grandiose" conclut Jean Michel.
Ils souhaitent à tous les copains du club de pouvoir vivre ces moments là un jour. Au delà du résultat c'est une superbe aventure humaine.
"Et puis, Nelly, Bertrand, Bruno ... et les autres ont été supers, on leurs doit beaucoup. Merci à eux !"

Propos recueillis par :
Jean Yves LE PERSON pour "La Gazette"


Post-scriptum : "La Gazette" a reçu le message suivant de Jean Michel : " Je voudrais remercier "La Gazette" car c'est grâce à elle que j'ai découvert ces championnats et me suis dit "pourquoi pas". Grâce à "La Gazette" et malgré nos âges "avancés", nous avons vécu quelque chose de fort à travers notre passion qu'est le vélo, en plus d'une aventure humaine formidable. On le doit aussi à tous ceux qui nous ont encouragé au sein du club.


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